Pour Changer, Chap 24: Le boomerang revient toujours

*Inès DJESSOU*
Deux mois sont passés depuis l’enterrement de papa Jules. Deux mois qu’on est débarrassés de cette souillon de Lucie et un mois que maman mène une vie plus que festive. Elle passe ses journées dans les salons de soins corporels et la nuit, elle fait le tour des boîtes. Autant dire qu’elle s’éclate ! Moi j’essaye de profiter de notre fortune mais ma santé ne me permet pas. Je n’arrête pas de tomber malade, mais sans savoir de quoi. On a consulté plusieurs médecins et à chaque fois, rien d’anormal n’a été signalé. Je commence à m’inquiéter, peut-être que c’est la cuisinière qui mets du n’importe quoi dans mes plats. On ne sait jamais avec ces gens là. Ce soir, je suis encore parti de l’école plus tôt à cause des vomissements. Arrivée à la maison, j’ai la surprise de trouver maman assise au salon et qui me jette un regard bizarre. Avant même que je n’ouvre ma bouche pour la saluer, elle m’attaque direct :
-Tes dernières règles remontent à quand ?
-Aka maman, bonsoir au moins ! Tu vas bien ? Tu fais quoi à la maison à cette heure ?
-Inès, ne joue pas avec moi hein ! Tu pense que je suis ton égale ? Tu es ma surveillante dans cette maison ? Réponds vite à ma question !
Pffff elle a quoi même à s’énerver comme ça ?
-Je ne sais pas
-Je vais te gifler hein. Réfléchis bien avant de me répondre, tes règles remontent à quand ?
-Euh… (Réfléchissant) Je pense que ça doit faire deux mois comme ça
-(attrapant sa tête en hurlant) Eeeeeeeeeeeeeeh l’enfant là va me tuer ! Je t’ai fait quoi et tu m fais ça ? Pourquoi tu m’as fait ça Inès ? Tu veux me tuer ?
Moi je ne comprenais rien, elle parle de quoi ?
-Maman, pourquoi tu crie ? Je n’ai rien fait non
Je n’ai pas vu venir la gifle ! Je l’ai juste vu foncer sur moi et la seconde d’après, ma joue voulait exploser. Je laisse tomber aussitôt mon sac et commence à crier de douleur et d’incompréhension. Pourquoi elle s’en prend à moi ?
-Donc tu ne sais même pas ce qui t’arrive ! A 15 ans, tu pars amasser une grossesse et tu ne sais même pas ce qui t’arrive !
Je n’en revenais pas ! Moi enceinte ? Oh non, ce n’est pas possible !! Je suis trop jeune ! Je ramasse rapidement mon sac par terre pour prendre de l’argent. Maman me regardait, les yeux pleins de mépris et de colère. Sans rien lui dire, j’efface mes larmes et cours vers le portail. Il faut que j’en aie le cœur net. En me voyant elle me lance
-J’espère que tu pars chercher l’auteur de ça hein, je t’attends ici !
En fait j’allais à la pharmacie pour acheter un test de grossesse. Pourvu que ce ne soit pas une grossesse, pitié ! Comment je vais expliquer à maman que Django est l’auteur ? Moi qui me moquais de Lucie, mon cas est même pire. Heureusement pour moi, la pharmacie était vide quand je suis arrivée. Mais le regard que m’a lancé le pharmacien en disait long sur ce qu’il pense de moi. De toute façon je m’en fous. Au lieu de faire son boulot il est là à me juger, un kpakpato comme ça. J’ai rapidement payé et je suis partie. Je ne pouvais pas aller à la maison avant d’avoir eu le résultat, mais où aller ? Sans réfléchir, j’ai hélé un taxi moto et je lui ai donné l’adresse de mon école.

*Adèle DJESSOU*
Maintenant que la situation est calme à Lomé, je pense à retourner à Sotouboua pour reprendre mon commerce et le cours de ma vie. A cause de mon don, je ne me suis pas mariée et la solitude me pèse un peu. C’est pourquoi j’aime venir chez mon frère de temps en temps. Je devais partir depuis deux semaines déjà mais un fait étrange me fait hésiter et cette fois, ça n’a rien à voir avec ma famille. Depuis que nous sommes partis apprendre la mort de Carla, je fais des rêves toute les nuits. Et dans ces rêves, la fille du marabout m’appelle à l’aide. J’aimerais croire que c’est anodin mais si je pars sans en avoir le cœur net, je m’en voudrai toujours. C’est pourquoi je me décide à y retourner pour voir de quoi il s’agit. Je déteste cet endroit et tout ce qu’il représente ! Quand je débarque dans la maison, une agitation sans pareil y règne, personne ne me remarque. J’entends des voix hurler dans la case principale et dans la cour, les fils du marabout étaient couverts de sueur et de sang, en train de pratiquer des rituels que je n’ai pas reconnu. Tout à coup, les cris cessèrent et la petite fille sorti de la case de son père en me faisant un large sourire
-Tu es venue enfin !
Euh….Quoi ? Je la regarde interloquée, pendant que toute la maisonnée braque les yeux sur moi. Personne ne dit rien, jusqu’à ce que son père sorte à son tour de la case. IL m’a paru épuisé, diminué. Son regard terne et son dos voûté témoignent d’une grande fatigue. Dès qu’elle l’aperçoit, la petite fille me montre du doigt et lui dit :
-Père, c’est elle !
Moi j’étais toujours dans le bleu. Pourquoi j’ai rêvé de cette petite en danger alors qu’elle semble bien aller ? Pourquoi son père me regarde avec plus de haine que d’habitude ? Et puis ces quoi tous ces rituels dans la maison ?
-Quelqu’un peut m’expliquer ?
C’est alors que la petite fille marcha vers moi et me prit la main. Aussitôt, je me sentis envahie par un sentiment qui m’était inconnu jusqu’ici. Je ne me suis pas sentie en danger mais plutôt, j’ai eu le sentiment que je devais absolument la défendre contre le monde entier, c’était très étrange. Mais le plus étrange c’est que j’ai vu ses yeux prendre une teinte verte pendant les quelques secondes que ça a duré. Dès qu’elle m’a lâché la main, le sentiment est parti, et ses yeux sont revenus à la normale. Je crois que j’ai compris ! Elle a hérité des dons spirituels de son père, mais il lui faut un mentor et ça ne peut être lui. C’est pour cela qu’elle a tout fait pour que je vienne la revoir. Instinctivement, je pose la main sur son épaule et l’attire vers moi
-Tu t’appelle comment ?
-Ayélé
Me tournant aussitôt vers son père, je lui annonçai
-Elle part avec moi
Il n’a rien fait pour me retenir. C’est comme ça que ça marche. Il arrive que les enfants héritent de dons mais ce ne sont pas toujours leurs parents qui sont appelés à les guider. Dans ce cas, leur esprit s’attache à un autre et c’est ce qui a dû se passer quand Ayélé m’a vu. Heureusement que je vis seule ! Sinon comment j’aurais expliqué cette adoption soudaine ? J’ai dit à Léon que c’était la fille d’une amie que je devais ramener à Sotouboua. Et quand je suis arrivée à Sotouboua, j’ai dit à tout le monde qu’Ayélé était la fille d’une amie de Lomé. C’est ainsi que nous avons commencé notre petite vie à deux, entre ses cours et mon commerce la journée, son initiation au monde mystique la nuit.
*Béatrice KISSO*
Ça fait deux semaines qu’Inès ne sort plus de sa chambre. Le jour où je l’ai confronté avec mes soupçons sur son état, elle est partie sans rien me dire, et c’est le directeur de son école qui l’a ramené à la maison. Apparemment on l’avait retrouvée évanouie dans les toilettes de l’école, avec un test de grossesse positif. J’ai réussi à lui soutirer la vérité au bout de 3 jours, mais après l’avoir correctement battu. C’est là que j’ai découvert l’absurde vérité. Quoi, le même Django là ? Je n’ai pas pu l’accepter, je ne peux jamais l’accepter. Je connais une bonne clinique et je me suis renseigné. Il est hors de question que ma fille me couvre de honte devant tout le monde, elle doit avorter ce bébé ! Donc depuis deux semaines elle ne bouge pas de sa chambre non. Mais aujourd’hui elle va sortir. Je pars cogner mais elle ne répond pas, je m’y attendais. Je prends le double de sa clé que j’avais en main et j’arrive à ouvrir la porte, elle est endormie. Sans ménagement, je la secoue pour la faire sortir du lit et puis prendre sa douche. Elle ne réagit même pas et se montre docile, tant mieux ! Quand elle est prête, je lui explique ce que nous allons faire. Elle ne me pose aucune résistance et nous partons donc à la clinique.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

 

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