Pour Changer, Chap 11: Explosion

*Carla DJESSOU
En près de 20 ans de mariage, Léon ne m’a vue pleurer qu’une fois et c’était à l’accouchement d’Adam. Après ça, rien ne m’a jamais assez touché pour que j’en vienne à couler des larmes. Rien, jusqu’à aujourd’hui. Je suis dépassée, tellement humiliée et frustrée que je n’arrive plus à réfléchir correctement pour me sortir de là. Alors, ne pouvant plus les retenir, ce soir je laisse couler mes larmes. Soudain, j’entends la porte s’ouvrir avec fracas et l’image de mon époux fulminant se dresser devant moi. Sa colère m’indique qu’il a dû parler avec Adam mais qu’est ce qu’il a pu lui raconter ? Il s’arrête en m’apercevant, mais ne semble pas moins fâché pour autant. J’efface précipitamment mon visage
-Tu pleure parce que ton fils t’a prise en flagrant délit ?
-De quoi tu parle ?
-Ne me prends pour un idiot Carla! Tu m’as toujours trompé et j’ai laissé faire. Mais bien sûr tu ne pouvais pas être discrète, il fallait que tout le monde sache ! Bravo madame, c’est ton propre fils qui t’as prise sur le fait. J’espère que tu es fière de toi ?
Ah je commence à comprendre, Adam a dû penser que je payais mon jeune amant ce matin! Léon connaît déjà une parti de la vérité alors je vais arranger ça
-Léon s’il te plaît calme toi. Ce n’est pas ce que tu crois
-Tu te fous de moi ! N’essaye pas de me mentir Carla. Dès le départ d’Adam, tu n’habiteras plus ici. J’en ai assez de toi et tes manières impolies. Tu n’as aucune décence. SI ce n’était pas à cause de mon fils, je…
-Ce n’est pas ton fils !
Léon reste bouche bée de ma déclaration inattendue. Il cligne des yeux et me fixe d’un air ahuri, comme s’il voyait un fantôme. Mais franchement, je pense qu’il devait bien s’en douter depuis le temps. On n’a pas eu d’autre enfant ensemble et lui n’en avait pas de précédent, d’où il doit être stérile. Je vais vers la porte et la ferme à clé, on doit parler. Quand je me retourne vers lui, il s’asseyait sur le lit, l’air plutôt résolu et complètement vidé de la colère de tout à l’heure
-Tu le savais déjà, n’est-ce pas ?
-Oui, dit il. Mais jamais j’aurais cru que tu avouerais
-J’en suis moi-même la première étonnée mais je ne trouvais pas d’autre moyen pour te calmer. Il faut que je te parle d’autre chose
-Quoi ? Ne me dit pas que tu es encore enceinte ?
-Mais non !
-Alors quoi ? Tu as fait un autre enfant dans mon dos ?
-Léon laisse moi parler s’il te plait
-Vas-y
-Adam et Lucie sont frère
Je crois que je n’ai jamais vu une expression semblable sur un visage, un mélange de peur et de stupeur, de peine et de colère tout ça à la fois. Sans un mot, Léon lève un doigt accusateur dans ma direction puis le laisse tomber, renonçant sans doute à s’exprimer. Il se met rapidement debout et sort avant même que j’ai pu le retenir. Ah non, il ne doit pas partir, je n’ai pas fini
-Attends, s’il te plaît !
Il était déjà dans le couloir et s’apprêtait à rentrer dans sa chambre
-Attends ! Il y a encore quelque chose, écoute moi je t’en prie. C’est très grave
Il entre dans sa chambre sans me calculer mais je le rattrape et l’empêche de la verrouiller. Il me laisse entrer mais reste sourd à mes paroles.
-Je t’en prie Léon, tu sais bien qu’il ne s’est rien passé entre eux
-Mais ça aurait pu ! Et c’est toujours un risque d’ailleurs
Il se tourne rageusement vers moi. Et continue
-Tu n’as pas l’air de te rendre compte de la gravité de la situation. Rien ne pourra les en empêcher Carla
-Si tu me laissais parler, tu saurais que j’ai pris des mesures
-Ah oui, et quoi comme mesure ?
-J’ai payé quelqu’un pour se mettre entre eux, mentis-je
-Je suppose que je devrais te féliciter pour ça ? Non mais tu t’entends parler ?
-C’est avec lui que j’étais aujourd’hui, ajoutai-je
-Bravo !
Léon éclate d’un rire sarcastique en tapant des mains
-Donc tu a envoyé ton amant coucher avec la sœur de ton fils ! Tu te rends compte à quel point tu es tordue, Carla ? Va consulter, ça va pas chez toi !
-Je ne couche pas avec lui Léon. Si tu me laissais parler, tu saurais toute l’histoire !
-Parce qu’il y a plus ? Mais je rêve ! Je pensais avoir épousé une prostituée, franchement tu es pire que ça. Tu es une sorcière Carla ! Tu m’écœure
Je baisse la tête, touchée par ses insultes. Mais je dois tenir bon et lui raconter toute ma version de l’histoire. Comme ça, je mets fin au chantage. Je me concentre alors et affiche mon visage de victime, ma voix la plus triste.
-Il s’agit de l’ancien voisin de Lucie, Django. Je l’ai payé pour se mettre entre eux mais il revient tout le temps me demander de l’argent. Il demande de plus en plus d’argent et a menacé même la vie d’Adam alors je n’avais pas le choix. Je lui ai donné tout l’argent qu’il voulait et quand je n’en ai plus eu…J’ai dû puiser dans l’argent que tu réservais pour la caution et le billet d’avion d’Adam. Je suis désolée, je n’avais pas le choix, j’avais tellement peur. Je sais que j’aurais dû t’en parler mais tu…
Dans un éclair, je vois la main de Léon s’envoler et s’abattre sur ma joue, me jetant au sol, foudroyée de douleur. Instinctivement, je porte la main à ma mâchoire endolorie et lui lance un regard suppliant, il n’avait jamais levé la main sur moi auparavant. Peine perdue car son visage était carrément déformé par un énorme rictus méprisant, ce n’est plus l’homme que je connais. Il me pousse sans ménagement vers la sortie et je l’entends fermer la porte à clé derrière moi, il doit être ivre de colère pour réagir si violemment.

*Lucie KISSO
Ça fait plusieurs semaines maintenant que maman Béa a promis de parler de ma grossesse à papa et qu’on trouve une solution. Mais elle ne me dit toujours rien à ce propos et je commence à stresser sérieusement. Pourquoi elle ne dit rien ? Qu’est-ce qu’il lui a dit ? Je ne me sens pas la force d’aller lui avouer de moi-même, mais je sais que ce sera catastrophique s’il s’en rend compte de lui-même. Je me retrouve dans une impasse, ne sachant plus quoi faire. Qu’est-ce qui m’a pris de me laisser aller comme ça ? Maintenant je le regrette amèrement, je comprends pourquoi «si je savais!» sont les derniers mots de l’imbécile. Django s’est littéralement évaporé de la nature, son numéro de téléphone ne passe plus. Je suis même retourné au quartier où on m’a appris qu’il avait quitté la maison juste après moi, et personne ne sait où il vit maintenant. Je ne sais plus quoi faire pour le retrouver et pourtant ça commence à devenir urgent, étant donné que mon état est de plus en plus visible. A l’école, je vois le regard des gens et la désapprobation que j’y lis tue peu à peu mon enthousiasme scolaire. Et pourtant je suis en terminale! Cette histoire me prend tellement la tête que j’ai voulu anticiper. Un soir après les cours, je suis allée dans le bureau du proviseur pour savoir s’il était encore temps de m’inscrire en candidat libre. Hélas pour moi, il était trop tard et le proviseur n’a pas manqué de me gratifier de reproches cinglants « il suffisait de garder tes jambes fermées! »
Je ne sais plus vers qui me tourner alors je décide d’appeler Adam, son texto de ce matin m’a rappelé qu’il est la seule personne qui m’ait jamais comprise. Malheureusement, son téléphone sonne dans le vide et je me retrouve en train de larmoyer une fois encore toute seule dans ma chambre. Finalement, c’est le lendemain qu’il m’envoie un message « Désolé Lucie, je passais un mauvais moment quand tu m’as appelé hier. On peut se voir ce soir? » Ouf, quel soulagement ! Je m’empresse de lui répondre et nous prenons rendez-vous. Quelques minutes après la fin des cours, je me retrouvais dans une dèguèterie à l’attendre. C’est moi qui ai eu l’idée de cet endroit, c’est relativement proche de chez moi et il se trouve que je fais une addiction au dèguè depuis trois semaines. Envies de femme enceinte ! De toute façon, ce n’est jamais que des produits laitiers et du sucre. J’en commande déjà deux à mon arrivée et m’assoit pour attendre Adam. Il arrive quelques minutes plus tard, les traits tirés et l’air tellement triste que j’en oublie mes propres soucis. Les retrouvailles sont bizarres, du fait de nos préoccupations individuelles mais je suis quand même très heureuse de le revoir. Il ne manque pas de remarquer mon état et c’est tout naturellement que je m’épanche comme au bon vieux temps. Adam est tellement bouleversé que je le vois couler des larmes, je ne pensais pas que ça pouvait le toucher autant.

*Adam DJESSOU
Je crois que le monde s’effondre autour de moi. La fille que j’aimais s’avère être ma sœur et je n’ai pas su la protéger. Maintenant elle est enceinte du même gigolo qui couche avec ma mère! C’est tellement horrible, j’ai l’impression de baigner dans un cauchemar. Réveillez-moi ! Il faut que je le dise à Lucie, on pourra passer par ma mère pour retrouver Django
-Lucie je suis tellement navré pour tout ça. J’ai un moyen de retrouver Django, comme ça tu pourras prendre les devants et annoncer toi-même la nouvelle à ton père. Mais avant tu dois savoir quelque chose et ce n’est pas du tout beau
-Il y a quoi? Dis-moi Adam
-J’ai vu Django hier. Il était avec ma mère, c’est son amant.
J’ai débité tout ça d’un trait, pour éviter d’être interrompu. Lucie semble ne pas comprendre, et me fixe d’un air hagard.
-Django, quoi le Django que je connais ? Tu as du te tromper Adam, ce n’est pas possible. Je sais que tu ne l’apprécie pas. Rappelle-toi, moi non plus je ne l’appréciais pas mais j’ai appris à le connaître et il n’est pas comme ça !
-Bien sûr ! Raison pour laquelle il t’a enceinté puis abandonné, n’est-ce pas ?
Elle baisse la tête confuse
-Excuse-moi, je ne voulais pas te faire de la peine
-Non, ça va. Tu as raison je crois
-Je venais t’annoncer que tu devais t’éloigner de ce type, imagine comme je suis bouleversé de voir que c’est trop tard.
Elle fond en larmes et je la comprends. Comme ça doit être horrible de se retrouver à sa place ! Je la prends dans mes bras pour la consoler du mieux que je peux. Je constate alors que je n’ai plus de pulsions malsaines, Dieu soit loué !
-Tout va rentrer dans l’ordre, tu verras. Allez, calme-toi maintenant
-Papa va me tuer !
-Mais non, ne dis pas n’importe quoi
Je me retiens juste de lui dire qu’elle aurait dû y penser avant de commettre la bêtise. Ça ne servirait à rien d’autre qu’augmenter sa peine ; en plus je suis sûr qu’elle doit entendre cela chaque jour. La vie d’une jeune fille enceinte sur les bancs de l’école est assez éprouvante entre les regards désapprobateurs et la tentation de l’avortement, ma sœur n’a pas besoin que j’en rajoute. En plus, je me sens coupable de la situation, alors je me contente de la consoler.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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Pour Changer, Chap 10: Le coup de massue

*Adam Djessou
Ça fait près de quatre mois que je n’ai pas vu Lucie, depuis notre étrange adieu. Je crois que je me porte mieux, je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de trop penser à elle. Je me suis plongé dans les recherches d’universités au Canada puis quand j’en ai sélectionné une je me suis inscrit pour la rentrée de Janvier. Ça encore c’est la partie la plus facile. Ensuite il a fallu demander le visa et là tout est devenu bizarre. C’est vraiment très onéreux d’étudier dans ce pays et il fallait apporter les preuves bancaires que mon père pouvait assumer les frais indus. J’ai appris à l’admirer encore plus pendant cette période où il s’est vraiment beaucoup battu pour gonfler son compte en banque. Maintenant tout est fin prêt, il reste juste à déposer mon dossier pour demander le visa. C’est ce matin que j’y vais, le cœur en joie à la perspective de rejoindre bientôt mon grand frère. Oh Seigneur, pourvu que ça marche! Je suis tellement nerveux à l’idée qu’une pièce justificative puisse manquer que je vérifie encore et encore, avant de passer l’interview. Fort heureusement, tout se passe bien et je ressors de l’ambassade tout sourire une heure plus tard. Il n’y a plus qu’à revenir chercher mon passeport qui j’espère, sera tamponné du visa tant souhaité. Je suis tellement heureux que j’ai envie d’hurler mon bonheur à tout le monde. C’est dans ce genre de moments que Lucie me manque le plus, on partageait tellement de choses tous les deux. Je secoue la tête pour expulser la vague de mélancolie qui déjà, s’empare de moi. Je sors mon téléphone et commence à rédiger un texte : « Coucou Lucie, j’espère que tu te porte bien et que tes cours se déroulent sans encombres. Je voulais juste t’informer que j’ai déposé mon dossier pour le visa, c’est la dernière étape à franchir et bientôt je serai parti. Tu sais, j’aimerais beaucoup te revoir avant de m’en aller. J’espère que tu me répondras un jour. Au revoir ». Je n’ai pas arrêté de lui envoyer ce genre de messages depuis son déménagement, mais elle n’a jamais daigné me répondre. Je comprends, ce doit être difficile pour elle de se retrouver dans cette position. Quoi qu’il en soit, je refuse de me laisser assombrir par ce qui se passe avec elle. Je décide de me rendre chez mon ami Jonas pour passer le reste de la journée avec lui, ça fait un moment qu’on ne s’est plus vu. Un coup de fil rapide me permet de confirmer mon projet puis je me mets à la quête d’un taxi moto, ou zémidjan, comme on dit chez nous. Pour en héler un, rien de plus simple qu’un «pssssst» ou «oléyia», le formule magique! J’en arrête justement un avec qui je négocie le prix quand quelque chose sur la route attire mon attention. Assis à l’arrière d’une voiture et l’air d’être parfaitement à son aise, je vois passer Django qui ne me remarque pas. La voiture était la sienne à n’en pas douter, mais comment cela se fait il ? Je l’ai toujours vu traîner dans le quartier sans jamais vraiment savoir ce qu’il fait comme métier, mais c’est sûr qu’il ne vivrait pas là s’il avait les moyens de se payer une Range Rover! Intrigué au plus haut point, je saute sur la moto et ordonne au conducteur de suivre la voiture qui déjà sortait de notre champ de vision. Cet homme est très proche de ma sœur, et mon rôle est de la protéger. J’ai jamais apprécié ce type, j’ai là une occasion d’y voir un peu plus clair. Après avoir roulé discrètement derrière lui pendant une vingtaine de minutes, il se gare enfin dans une ruelle du quartier de Kegué et je le vois descendre de la voiture puis s’engouffrer dans un bar. Bof…Jouer à James Bond pour venir regarder un type prendre une bière ? Je regrette déjà de m’être embarqué dans cette aventure et sur le point de partir quand je vois ma mère arriver à son tour et entrer dans le même bar. Coïncidence? Je ne voulais pas y croire, ébranlé déjà par les milliers de théories qui se bousculaient dans ma tête. Pourtant je décide de rester et voir ce qui va arriver, réfléchissant à un moyen de voir ce qui se passe à l’intérieur. Je ne peux pas y aller, de peur d’être tout de suite repéré. Du coup je me tourne vers le zem qui semble tout aussi excité que moi. En effet, on n’a pas l’occasion d’espionner son prochain tous les jours de cette manière! Je lui remets mon téléphone et attend dehors, il ressort quelques minutes plus tard avec les photos demandées. Quand je commence à les visionner, mon cœur manque de tomber dans mon ventre, tellement je suis ébahi par ce que je vois. Sur les photos, je vois que ce n’est pas une coïncidence que maman se trouve ici avec Django, bien au contraire! Je ne sais pas pourquoi mais elle lui tend une grosse liasse de billets. Mes pensées s’envolent aussitôt vers Lucie qui à part moi est le seul point commun entre ces deux là. Y aurait-il complot contre elle ? Pourtant à voir de plus près, maman semble très contrariée tandis que Django affiche un sourire carnassier. Mon Dieu, que se passe-t-il ici ? Complètement affolé, je ne sais pas quoi penser de la situation ni même quoi faire dans l’immédiat. Je vois maman ressortir du bar et se diriger hâtivement vers l’autre côté de la route. Elle lance des regards furtifs partout et finit par me voir, avant même que j’ai pensé à me cacher ou me composer une mine. Interloquée, elle s’arrête comme pétrifiée au beau milieu de la route et manque de se faire écraser par un véhicule
-Connasse ! lui jette le conducteur avant de s’éloigner
Elle ne bronche pas, moi non plus ; la tension est à son comble. Ce sont les appels de mon zem qui finissent par me sortir de ma torpeur et je détache mon regard de son visage où la culpabilité se lit en lettres majuscules. Sans plus un regard dans sa direction, je monte à l’arrière de la moto et m’éloigne en la laissant immobile au milieu de la route, telle la femme de Loth changée en statue de sel.

*Léon DJESSOU
Ce soir, je rentre après une journée particulièrement fatigante et m’installe au salon pour me prélasser devant la télé. Carla est dans sa chambre et ne daigne pas même sortir me souhaiter la bienvenue, quelle plaie, cette femme! De toute façon, ça m’importe peu maintenant. Il n’y a qu’Adam qui compte et justement, c’est bizarre qu’il ne soit pas encore renté à cette heure. Je tente de l’appeler mais ça sonne dans le vide, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé de grave. Mon fils et communiquons souvent par texto, alors je lui en envoie un. «ça va ?». La réponse ne tarde pas à venir et j’affiche un sourire soulagé quand je lis sur l’écran «Je rentre bientôt ». Satisfait, j’étire mes jambes s et me saisit de la télécommande, mon match va bientôt commencer. Ce soir c’est le classico, FC Barcelone contre le Real Madrid, et bien sûr je suis de côté de ceux qui vont indiscutablement gagner ce match, hala Madrid ! Eh oui, je suis un fan incontesté de la maison blanche ! Ma bière à mes côté, c’est d’un regard illuminé que je suis le match de bout en bout sans en rater une miette. Score final, 3-2. C’était chaud ! Mais bien sûr nous avons gagné avec un doublé de CR7, ce garçon a vraiment du talent. Ah, l’heure de diner à présent, je sens que je pourrais manger un bœuf entier. Un coup d’œil à ma montre m’indique qu’il est 21h30 déjà et c’est à ce moment que mon fils entre au salon.
-Tu rentre tard Adam !
-Je sais, désolé papa
-C’est pas grave, je comprends que tu profite des dernières semaines à Lomé. Mais n’abuse pas trop
Il émet un faible sourire, je lui trouve la mine atterrée, les yeux bouffis
-Tu es sûr que ça va ? Il y a eu un problème au dépôt de ton dossier ou quoi ?
-Non papa, tout s’est bien passé. C’est juste, je voudrais te parler de quelque chose
Il semblait hésiter, je ne l’avais jamais vu aussi troublé avant
-Ok mais viens, on va manger d’abord. Je suppose que tu as faim.
Il ne dit rien et me suit docilement dans la salle à manger. Je sens que je ne vais pas aimer ce qu’il va dire. Quel dommage, moi qui voulais savourer ma victoire au calme ! Pendant le dîner, j’observe Adam du coin de l’œil. Il mange à peine, ce qui m’étonne beaucoup car mon fils a un appétit aussi légendaire que le mien. On n’est que deux à table, Carla mange toujours dans sa chambre. N’en pouvant plus de cette ambiance digne d’un enterrement, je dépose ma fourchette et l’interroge
-Qu’est ce qui se passe ? C’est encore Lucie ?
Il s’étonne de ma question, semble réfléchir puis réponds
-Non papa, c’est maman. J’a i découvert aujourd’hui qu’elle te trompe
Il dit tout cela en me regardant droit dans les yeux et je ne peux lui dissimuler la stupeur qui me saisit sur le moment. Comment Carla a pu se faire prendre par son propre fils ? Qu’est ce qu’il avait vu pour en être si sûr ? Toues ces questions se bousculaient dans ma tête pendant que sur mon visage, la colère balayait déjà l’étonnement. Je m’exhorte à garder mon calme pourtant, la situation est peut-être encore récupérable.
-Qu’est ce qui te fait croire ça ?
-Je l’ai vu dans un bar avec son jeune amant, et elle l’a payé
Eh merde ! Cette femme n’a donc aucune dignité ? Il ne manquait plus que quelques semaines et mon fils s’en serait allé avec l’idée que sa petite famille était parfaite. Et maintenant je dois aussi gérer les frasques de madame ! Ah non alors, elle m’entendra ce soir. Je me lève résolument et repousse ma chaise
-Je suis désolé papa
-Tu n’as rien à te reprocher Adam. Merci de m’avoir informé, nous allons régler ça avec ta mère
Je fonce à la chambre de Carla que j’ouvre sans cogner, prêt à exploser de rage. Cependant, je tombe sur un spectacle qui m’arrête tout de suite dans mon élan.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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Pour Changer, Chap 9: Quand il faut y aller

*Béatrice KISSO
Une fois Inès partie à l’école et Jules au travail, j’appelle Lucie dans ma chambre et commence à l’amadouer. Ça a toujours été ma technique, l’amadouement. Comme ça derrière, même quand je l’agresse elle ne peut pas parler
-Dis-moi la vérité, Lucie. Qui t’a mise enceinte?
-Je ne suis pas enceinte maman
-Fais très attention à ce que tu me raconte, jusqu’ici je suis ta seule chance de bien sortir de cette situation. Dis moi qui t’a mise enceinte et qu’on règle ça rapidement avant d’informer ton père
Elle se met à pleurnicher
-Je te jure maman, j’ai eu mes règles il y deux semaines. Je ne peux pas être enceinte!
-Tu es stupide ou tu fais exprès même, hein? Toi tu ne sais pas que ça peut arriver d’avoir ses règles même quand on est enceinte?
Elle ouvre tout de suite de grands yeux paniqués, je la tiens!
-Est-ce que tu es vierge?
Elle ouvre la bouche pour répondre mais je la coupe
-Je n’ai même pas besoin de poser la question. Toi l’enfant là, qu’est ce qu’on va faire de toi-même? A 17ans, tu te crois assez grande pour te livrer à ce genre de choses? Tout ça là, c’est la faute à Jules aussi. S’il t’avait retiré de ce quartier là comme je lui ai dit depuis, ça ne serait pas arrivé. Maintenant dis-moi, c’est qui le père ?
-Maman, je ne suis pas enceinte. C’est impossible
Elle pleurait déjà, complètement paniquée depuis que j’ai mentionné le nom de son père. Oh, ça va être du gâteau de la briser!
-Donc tu me traite de menteuse maintenant?
-Non maman, c’est que…
-Tais-toi! Comme tu ne veux pas m’écouter, donne mon sac sur la commode là bas. Tu vas aller toi-même à la pharmacie chercher un test de grossesse
Dès qu’elle est hors de la maison, j’éclate d’un rire satisfait. La vie est tellement simple parfois! Moi qui voulais concocter un bon plan pour l’amoindrir comme son père, je n’en aurai même pas besoin. Il suffit que je tire correctement les ficelles. De toute façon, son père a été conditionné pour m’aimer aveuglément, annulant tout autre sort qui lui aurait été jeté précédemment. Je n’ai donc pas d’inquiétude à me faire. Tranquillement posée avec une jambe sur l’autre, je l’entends bientôt rentrer et elle vient toquer à ma porte.
-Entre Lucie… Pose la monnaie là-bas. Tu sais comment ça s’utilise? Tu pisse dessus et tu le ramène ici, je veux voir de mes yeux.
Quelques minutes plus tard, elle était livide quand elle m’apporta le test d’une main tremblante
-Tu vois, non! Tu vois! Tu ne pouvais pas garder les jambes fermées n’est-ce pas? C’est qui le salop qui t’a fait ça?
-Django dit-elle faiblement
-Django hein? Avec un nom pareil, toi tu cherchais quoi chez lui? Je parie même que c’est un voyou comme il y en a dans le quartier d’où tu viens. Tu sais quoi, je ne veux même pas savoir, tu règleras ça avec ton père. Regarde Inès! Elle a deux ans de moins que toi, mais je suis sûre que même si je la laissais seule pendant un an, je la retrouverais intacte. C’est toi la grande, quel exemple tu pense lui donner comme ça?
Je jubilais intérieurement, de pouvoir l’abreuver d’injures comme ça. Ben oui, pour bien tenir mon rôle de maman bienveillante. Elle ne tarde pas à fondre en larmes comme je l’espérais, redoublant ma joie. Ah, quel agréable moment!
-Arrête de pleurer comme ça, tu me fatigue. C’est moi qui t’ai envoyé écarter les jambes, han? On t’offre une nouvelle chance dans cette maison et toi tu bousille tout. Bref, je vais parler à ton père. Ce n’est pas aujourd’hui ou demain mais je le ferai au plus tôt. Il faudra être patiente, je vais d’abord le préparer psychologiquement pour éviter qu’il ne fasse quelque chose d’extrême.
Elle restait à sa position, sans bouger
-C’est bon, vas y maintenant. Retourne à ton travail
-Merci maman
Quelle stupidité! Elle n’a qu’à m’attendre, si elle pense vraiment que je vais dire quoi que ce soit à Jules. Je vais attendre qu’il se rendre compte par lui-même et là, j’enfonce le couteau. Il part tôt et rentre tard…autant dire qu’il n’est pas prêt de remarquer quoi que ce soit.

*Django KPESSE
J’ai gaspillé plusieurs mois à courir après Lucie, j’ai sacrifié tellement de choses! Finalement, au moment où je pensais que ça ne pouvait plus rater, elle m’a lâché. Quelle conne! J’ai refusé de m’abaisser à la supplier, c’en était trop. Si elle voulait me lâcher bah bon vent à elle. Mais j’ai concocté une petite vengeance de mon côté. Mes espions m’ont appris qu’elle a une petite sœur là où elle vit, alors c’est sur elle que je m’acharne maintenant. Sans le savoir, elle est mon espion en interne et je suis plus que ravi des nouvelles qu’elle m’apporte. Lucie n’échappe pas à la haine classique des belles-mères et ça me console de n’avoir pas encore pu mettre sa sœur dans mon lit. C’est qu’elle est coriace celle là! Pas grave, je finirai par parvenir à mes fins lorsqu’elle sera prête. Il faut dire qu’elle n’a que 15ans, soit dix de moins que moi. Je ne suis pas pressé, je la garde bien au chaud. En attendant, j’ai définitivement ré emménagé dans ma belle villa et mes affaires se portent mieux que jamais. Ce soir, je passe chercher ma proie après les cours, je me fais passer pour son chauffeur parfois. Elle joue la maligne, croyant que je m’intéresse vraiment à elle.
-Eh, je t’ai pas dit! Lucie est enceinte!
Mon cœur rate un battement. Elle est quoi?
-Enceinte, répète Inès. Depuis trois mois d’après maman. Hahaha papa va la tuer!
Elle riait à gorge déployée, de ce rire malsain qui traduisait une enfance pourrie gâtée.
-Je ne comprends pas, pourquoi ça te fait rire comme ça?
-Parce qu’elle est bête, voilà pourquoi. On est trop jeunes pour avoir des enfants! Tu imagine? Elle s’est donné comme ça un garçon. Moi je ne ferai jamais ce genre de choses
Oui, j’imaginais bien. Et je savais surtout que j’étais le père de cet enfant. Tout bien réfléchi, ma vengeance sera encore plus intéressante que je le pensais. Lucie ne me retrouvera jamais et devra se débrouiller seule avec son enfant parce que je suis sûr que Béatrice va tout faire pour la renvoyer de la maison. En plus, Inès ne sait pas qui je suis…
-Paul! Wo, tu m’entends ?
-Hein? Excuse-moi, je réfléchissais à quelque chose
-A ta femme et tes enfants?
-Quelle femme encore? Il n’y a que toi, tu sais bien…
-Ouais ouais… Pardon, on est arrivés.
En fait, nous n’étions pas vraiment arrivés mais je ne la dépose jamais devant chez elle, pour plus de discrétion. Je gare au coin de la rue et elle descend de la moto.
-Tu rentre bien, chérie
-Wééé, à quel moment je t’ai dit oui et tu m’appelle déjà chérie?
-Ce n’est qu’une question de temps, toi-même tu sais
-Je ne sais rien hoo pardon. Et d’ailleurs je m’en vais
Pourtant elle ne partait pas, et triturait le bout de sa chemise d’écolière
-Tu as toujours le téléphone que je t’ai offert?
-Oui, répond elle aussitôt. Toujours bien caché
-Bien, rentre maintenant et sois sage. Je t’appelle ce soir
-Ca marche. Bye
Elle s’éloignait déjà
-Et mon bisou?
-Je ne vois pas de quoi tu parle! Lance-t-elle en riant
Ah, quelle journée parfaite! Ça me donne envie de passer un coup de fil à ma victime préférée

*Carla DJESSOU
Je m’apprêtais à sortir quand mon téléphone se mit à sonner. Qui peut bien m’appeler à cette heure? Une petite voix me dit que je sais bien qui c’est, et effectivement c’est lui. Jamais je n’aurai la paix avec lui? Son simple nom affiché sur l’écran de mon téléphone me donne des sueurs froides dans le dos. Pourtant je décroche et énonce d’une voix ferme
-Je n’ai pas d’argent
Il part d’un rire tonitruant qui a le don de me décontenancer au plus haut point
-Mais je m’en fous Madame. Il n’y a personne qui résiste à Django le terrible et certainement pas toi. Ecoute-moi bien, j’ai besoin de cent mille francs CFA, et tu vas me les envoyer dans un délai d’une semaine. Sinon, tu sais ce qui arrivera.
Il raccroche immédiatement, sans me laisser le temps de répondre. Mon Dieu, mais où est-ce que je vais trouver tout ça? La tête entre les mains, j’éclate en sanglots. C’en est trop pour moi. Quelques temps après que j’ai dit la vérité à Adam, Django m’a appelé et dit qu’il savait que je n’avais pas informé mon mari. J’ai dû acheter son silence et depuis, il n’a pas cessé de me harceler, m’appelant à tout va pour me soutirer de diverses sommes d’argent. Bien sûr au bout d’un moment je l’ai envoyé paître, jugeant que mon foyer ne valait pas tant. Alors il a changé de disque. Il a fait espionner Adam pour me convaincre qu’il pourrait attenter à sa vie n’importe quand. Mon fils est toute ma vie, je ne supporterais pas qu’il lui arrive quelque chose. C’est comme ça que je me retrouve aujourd’hui moi, à garnir le compte en banque d’un malfrat. Le pire est que je ne vois même pas la fin du cauchemar, hantée par l’image du corps de mon garçon étendu, sans vie. Non non, ça n’arrivera pas. Il faut que je trouve un moyen de payer coûte que coûte et arrêter le cercle vicieux.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés

 

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Pour Changer, Chap 8: Situation imprévue

*Adam DJESSOU
Malchance, quand tu nous tiens! Nous étions en route pour Pure Plage quand on a du rebrousser chemin, pour cause d’embouteillage. Avépozo était sur la route alors j’ai insisté pour qu’on s’y arrête, même si ce n’était pas la plage prévue au départ. Lucie, ma Lucie…ça me fait mal de la voir là, enlaçant ce type en qui je n’ai aucune confiance. Mais il vaut mieux que ce soit ainsi, tout le monde s’en portera mieux. Bien que je sente la rage monter en moi, je l’apaise et me force à sourire pour leur lancer un bonsoir avant de m’éloigner rapidement. Il faut mettre un terme à cette situation au plus tôt, et c’est pourquoi j’irai trouver Lucie ce soir, lui ôter tout espoir d’un avenir à deux. Bien plus facile à dire qu’à faire pourtant, et c’est le cœur rempli d’appréhension que je me rends à son domicile. A l’approche de sa concession, je suis surpris d’entendre des voix et rires qui en émanent, accompagnés de musique. Je me rapproche, prêt à toquer à la porte quand elle s’ouvre d’elle-même devant moi. Je recule étonné, pour laisser sortir un Django sourire aux lèvres qui ne m’adresse pas même un regard. Derrière lui, le sourire de Lucie s’estompe automatiquement dès qu’elle me voit
-Adam ?
-Je suis venu te parler, Lucie
-Ok, entre. J’arrive
Elle se tourne vers Django
-Euh… A demain. Et merci pour tout, au revoir
-Ca m’a fait plaisir Lucie. Et surtout n’hésite pas à m’appeler au besoin
Il appuie sa dernière phrase en me fixant dans les yeux… Belle ambiance! Une fois à l’intérieur, elle me fait assoir et m’apporte de l’eau, c’est la tradition chez nous de servir à boire à tout étranger qui vient chez soi. J’avais préparé ce que je voulais lui dire donc je me mets à réciter sans lui laisser le temps d’en placer une, au risque de perdre mes mots. Ma meilleure amie, ma sœur ne comprend pas pourquoi je lui tiens un discours aussi étrange, expliquant que je me suis trompé sur la nature de mes sentiments envers elle et que je souhaite prendre mes distances pour un temps. Quand j’eus fini, elle avait les larmes aux yeux et ce regard où je lisais de l’incompréhension. J’aurais voulu la prendre dans mes bras, la consoler… Mais je ne peux pas. Alors je serre les dents, j’élude ses questions : C’est pourtant simple! Je me suis trompé, nous ne pouvons pas être plus qu’amis… Non, il n’y a personne d’autre… C’est la vie, et puis demain on en rira, tu verras… Une à une, je détruisais chacune de ses barrières, chacun de ses espoirs. Au final elle gardait le silence et sa tête baissée, certainement pour cacher ses larmes. Doucement, péniblement, je me lève et m’en vais sans un regard en arrière, sans un au revoir. Fort heureusement, elle ne tente pas de me retenir. Je m’arrête cependant quelques secondes sur son palier, pour effacer les larmes que je n’arrive plus à retenir. « tu t’en remettra Lucie, ça me fait bien plus de mal qu’à toi »

*Django KPESSE
Ce soir, je ne rentre pas à ma villa, je sens qu’une occasion en or va se manifester pour moi. Dès qu’Adam a suivi Lucie a l’intérieur, je les ai espionnés par une fenêtre. Quel beau tableau! Ça va être du gâteau de l’avoir maintenant, merci looser! Depuis mon poste de garde je vois Adam se lever et partir tandis qu’immobile, Lucie laisser glisser de grosses larmes sur la moquette. J’attends encore quelques minutes puis je contourne la concession pour entrer et la prendre dans mes bras.
-Je suis désolé Lucie, mais je te l’avais bien dit. Tu vois ?
Je continue de lui perler mais elle ne disait rien, se contentant de sangloter en se serrant plus contre moi. Les spasmes qui agitent son corps amènent ses seins à se frotter contre mon torse et je dois faire un effort pour que ma voix ne laisse rien transparaître de mon désir.
-Ca va comme ça, suffit Lucie. Il ne vaut pas tant de pleurs allez…
Je pris son visage entre mes mains et entrepris d’y effacer ses larmes, en lui prodiguant de douces caresses. Elle ne dit rien, se laissant faire docilement. Elle est si belle, à la lumière du néon, je ne peux m’empêcher de me pencher pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres, m’attendant à être repoussé. Elle ne réagit pas, se contentant de me fixer droit dans les yeux. Je l’embrasse à nouveau, plus intimement, en la serrant plus contre moi. A ma grande surprise, elle répond à mon baiser, entre-ouvrant ses lèvres où ma langue ne tarde pas à se glisser pour rejoindre la sienne. Mon désir jusque là maîtrisé monte en flèche. J’ai attendu ce moment depuis si longtemps, et c’est encore mieux que je l’imaginais. Lentement, j’entreprends de déboutonner sa chemise, sans cesser d’embrasser ses lèvres, son cou. Haletante, elle se retrouve bientôt en soutien-gorge sous mon regard admiratif où défilent déjà les images de toutes les choses que j’ai envie de lui faire. En un éclair, je me débarrasse aussi de mon t-shirt et la reprends dans mes bras.
-Je suis vierge, murmure-t-elle alors dans un souffle.
-Je sais
Je marque une pause puis me baisse pour la soulever à bras portants, tel un enfant. Je l’emmène ainsi jusqu’à la chambre à coucher où je la pose doucement, avant de reprendre là où nous nous étions arrêtés.

*Lucie KISSO
A mon réveil ce matin, je suis nue sous les draps et ressens une douleur au bas-ventre. Ce sont mes vêtements éparpillés au sol et la tâche de sang sur le lit qui me rappellent la folie que j’ai commise la nuit dernière. J’avais tellement mal, et Django était là, tellement gentil… Mais quelle idiote je fais! C’est pas vrai, comment gérer ça maintenant? Je me lève et commence à rassembler mes affaires, le chemisier en dernier se trouvant au salon. Eh merde, en plus les voisins auraient pu nous voir à travers l’une des fenêtres du salon! Quand on dit que le chagrin vous fait faire des bêtises, c’est bien la preuve. Bon, je dois déménager dans cinq jours, ce qui me laisse le temps de régler ça avec Django et réfléchir à ma vie. Même si Adam m’a brisé le cœur, je ne suis pas amoureuse de Django alors ce n’est pas la peine d’envisager une relation avec lui. Et il faut que je pense plus à mon avenir… Mais quelle idiote j’ai été, de me donner comme ça!
*****Deux mois plus tard*****
Je suis en train de balayer la cour quand je suis pise de nausée. Je cours vers les toilettes mais n’ai pas le temps d’y arriver avant que mon repas de la veille se déverse au sol, me laissant un goût acide dans la bouche. Ça fait déjà une semaine que ces nausées me dérangent je m’inquiète sérieusement. Sans oser me l’avouer, je crains que ce ne soit un début de grossesse. Pourtant, j’ai mes règles et n’ai fait l’amour qu’une seule fois, dans ma folie d‘un soir. Mes pensés s’envolent vers ce jour là, vers Django. Il m’en a voulu de ne pas vouloir de lui après. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas sortir avec lui, que je n’avais pas de sentiments amoureux à lui consacrer, que notre nuit était une grave et regrettable erreur. Il n’a rien voulu entendre, me reprochant de l’avoir bercé d’illusions. J’ai même eu peur pour ma vie car il commençait à devenir menaçant et à ces moments là, son visage se métamorphosait carrément. Heureusement, j’ai déménagé quelques jours après, et n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. Adam lui m’envoie des messages de temps en temps, mais je ne l’ai pas encore revu et ne le souhaite d’ailleurs pas. Je crois ne plus l’aimer mais je n’oublie pas sa méchanceté alors je me concentre sur autre chose. Dans une semaine, ce sera la rentrée des classes dans mon école, je suis impatiente d’y être. Je vais passer le bac à la fin de l’année, je me mets déjà dans l’état d’esprit. Inès elle a déjà commencé les cours, elle est à l’école française et eux démarrent leur année scolaire avant celle togolaise. Tout en ramassant mon vomi au sol, je me fais la réflexion que jamais Inès elle n’aurait eu à s’en occuper si elle était à ma place. D’ailleurs elle ne s’occupe de rien dans cette maison, je ne suis pas aveugle. Sa mère n’arrête pas de trouver divers prétextes pour me laisser tout faire pendant qu’elle et sa fille prennent du bon temps. Mais je me tais, je ne voudrais pas créer de problème avec papa. C’est un homme totalement transformé à présent. L’homme violent que je connaissais étant petite a disparu, laissant place à un monsieur gentil et attentionné. Rien que pour ça, je suis infiniment reconnaissante à ma belle-mère.

*Béatrice KISSO
Depuis deux jours, je vois Lucie vomir. Et ces poches sous ses yeux, et ces jambes gonflées! Elle est enceinte! Oh, ça va me rendre la tâche tellement plus facile maintenant…
A suivre

Par Plume Dona, tous droits réservés.

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Pour Changer, Chap 7: Un tour à la plage

*Django KPESSE
Tout roule pour moi ces temps ci, l’opération Lucie commence enfin à prendre une pente favorable. Adam est aux abonnés absents, ce qui me laisse supposer aisément que sa mère a suivi mes consignes, sage décision! Cette histoire de fraternité est étrange tout de même, qui aurait pu l’imaginer? C’est n’est pourtant pas moi qui vais m’en plaindre, je me suis beaucoup rapproché de Lucie cette semaine. La voici justement qui vient de rentrer dans la cour, chargée de paquets. Je cours la rejoindre
-Bonjour Lucie
Elle me sourit de ses dents étincelantes
-Salut Django. Ca va?
-Très bien merci. Donne un paquet, je t’aide
-Merci Django
Nous nous rendons chez elle en causant gaiement quand elle m’annonce qu’elle doit ressortir
-Ah bon? Mais tu rentre à peine, repose toi un peu! Ou si tu préfère, je t’emmène quelque part
-Oh non, ce n’est pas nécessaire. Je vais juste voir si Adam serait chez lui
A ces mots, j’affiche une mine assombrie
-Ne fais pas cette tête voyons!
-Lucie dis moi la vérité. Ca fait un moment maintenant qu’on se connait tous les deux
-Quelle vérité ?
Elle avait l’air étonnée
-Est-ce que tu pense vraiment que tu mérite d’être traitée comme il le fait?
-Je ne comprends pas de quoi tu parle Django
-Oh que si, tu comprends parfaitement. Tu connais bien la nature de mes sentiments pour toi et pourtant tu les as toujours ignorés à cause d’Adam. Avant, je restais dans mon coin mais je ne peux plus…
-Avant quoi Django? Tu veux dire que je dois te payer de mon corps ton aide pour les obsèques de ma mère?
-Mais ne dis pas ça, voyons! Ta mère était comme une mère pour moi aussi et je te trouve très injuste
-Je suis désolée Django excuse moi. J’avais cru… Laisse tomber. Mais je t’ai interrompu, tu allais dire quoi?
-J’allais dire que maintenant j’ai de la peine de voir que tu te dévoue à quelqu’un qui t’a déjà trahie de façon lamentable. Pourtant je te prenais pour une fille intelligente. Pourquoi tu n’arrive pas à voir la vérité en face ?
-Django, tu ne le connais pas… Il n’est pas comme ça tu sais, je suis sûre qu’il doit avoir une bonne raison pour agir ainsi
-Peut-être. Mais en attendant, c’est toi que je vois souffrir et j’en ai de la peine
Elle ne disait plus rien, j’étais ravi de constater que mes paroles l’avaient touchée. Nous étions arrivés devant chez elle alors je posai le paquet.
-Lucie, je ne sais pas comment sera ta nouvelle vie mais je sais que je ne te lâcherai pas, où que tu aille, dis-je. Tu n’as plus qu’une semaine à passer ici et si tu refuse de me croire à propos d’Adam, au moins laisse-moi te faire passer un peu de bon temps avant ton départ
La voyant froncer les sourcils, j’ajoute aussitôt :
-Je parle de sortie! Tu n’es pas obligée de rester te morfondre ici entre tes allers-retours de chez Adam. Et ça ne t’engage à rien, rassure toi
-T’es gentil Django mais…
-Il y a toujours un mais avec toi, fis-je exaspéré
-Désolée, dit elle
Je lui lance un regard puissant qui lui fait détourner les yeux
-J’ai prévu aller à la plage cet après-midi, et j’aimerais beaucoup que tu m’y accompagne. Sauf si, bien sûr tu préfère marcher encore au soleil pour aller chercher Adam inutilement. C’est toi qui vois, je pars dans une heure.
Je me retourne et m’en vais sans plus la regarder, mon petit doigt me dit qu’elle viendra à coup sûr. Je vais d’ailleurs appeler mon bras droit pour qu’on lui joue une petite comédie là-bas.

*Adam DJESSOU
Je viens de passer la semaine la plus horrible de ma vie. Le mot ‘sœur’ n’arrêtait de tourner en boucle dans ma tête, le visage de Lucie aussi. C’est dur de renoncer à ceux qu’on aime. Ca l’est d’autant plus que je ne peux lui expliquer la raison de mon comportement. Papa m’a demandé plusieurs fois déjà ce qui n’allait pas, pourquoi je passais tout mon temps enfermé dans ma chambre sans jamais sortir, et j’ai tout mis sur le dos du deuil de maman Rose. Si seulement il savait le genre de monstre avec lequel il est marié! Je ne lui parle plus, et elle semble le vivre très bien. C’est tellement étonnant vu les circonstances! J’aurais voulu qu’elle s’excuse, essaye de me consoler ou n’importe quoi! J’aurais voulu qu’elle soit une mère, mais non. Elle m’ignore royalement et au fond ce n’est pas plus mal. Je pourrais lui parler mal, ou rompre ma promesse et là ce serait la catastrophe. Alors, je me recroqueville sur moi-même en espérant que le temps fasse son œuvre. Lucie a essayé à plusieurs reprises de me joindre mais je n’ai jamais pu décrocher ses appels. Je ne suis pas prêt, que pourrais-je lui dire? Non, je ne suis pas prêt, donc je l’évite. Des fois je la vois quand elle vient me chercher à la maison, et quand j’aperçois son visage si triste de ne pas m’avoir trouvé, j’en ai le cœur fendu. J’aurais voulu m’élancer et la prendre dans mes bras, mais je ne peux pas. C’est ma sœur, alors je n’arrête pas de me le répéter pour être plus fort. Mon frère fait les démarches pour que j’aille rester avec lui au Canada et y faire mes études. Vivement que ça marche, ce serait vraiment une aubaine pour moi de pouvoir m’éloigner d’ici. Je prends mon téléphone et appelle mon ami Daryl, il faut que je sorte un peu. Il viendra me chercher pour que nous allions ensemble à la Pure Plage, de quoi me changer les idées.

*Lucie KISSO
Django m’a donné à réfléchir aujourd’hui. Il s’est toujours montré correct avec moi et ce depuis le départ. Quand le décès de maman est survenu, c’est lui qui s’est tenu à mes côtés et Adam pendant ce temps? Volatilisé! Il faut que je fasse les bons choix et le premier sera d’accompagner Django ce soir, il a l’air d’y tenir. Je compte bien en profiter pour me changer les idées et arrêter de songer à tout mon chagrin, ça ne me fera que du bien. Je finis de ranger mes courses et vais prendre une douche, vamos a la playa! De retour dans ma chambre, j’allume la radio et ai l’agréable surprise d’entendre une chanson de Jidenna, mon artiste préféré. J’augmente le son, plus que ravie de pouvoir exécuter quelques pas de danse. « Petite, fais-toi exorciser! » C’est ce que disait maman quand elle me voyait danser, et pour la première fois, son souvenir m’arrache un sourire. L’un après l’autre, les hits du moment se suivent à tel point que j’en oublie presque mes plans de sortie. C’est la fatigue qui me fais capituler finalement et je termine de me préparer. Sandales aux pieds et vêtue d’une longue tunique, c’est le cœur en joie que je viens toquer à la porte de Django. En vain. Un petit garçon qui jouait dans la cour m’informe que l’intéressé est sorti il y a plusieurs minutes déjà. Zut, je suis en retard! Je m’élance en courant vers la sortie, en priant pour qu’il soit encore dans la rue.
-Ben alors, tu cherche quelqu’un?
-Je te croyais parti depuis longtemps!
Django se tient devant le portail en me regardant d’un air moqueur.
-Oui je partais. Et puis je me suis rappelé que les femmes sont toujours en retard, alors j’ai décidé de t’attendre encore un peu
-Même pas vrai, je suis toujours à l‘heure moi…
-Oui, vous dites toutes ça! On ne va pas chipoter pour ça, viens on y va
– A quelle plage allons-nous? Demandai-je
-C’est toi qui voit, Lucie
-Je dirais Avépozo, t’es d’accord?
-A vos ordres madame!
Nous rions de sa blague et partons chercher un taxi, excellente soirée en perspective.
*****Une heure plus tard*****
Je passe vraiment un bon moment avec Django, tout est parfait. Nous nous sommes mis dans un coin un peu isolé avec un pique-nique improvisé et parlons de tout et de rien. Je le découvre sous un autre angle, j’en suis agréablement surprise. Tout à coup, je vois surgir de derrière Django un homme qui fonce droit sur nous. En une faction de seconde, il s’empare de mon sac et main et s’éloigne sans que je puisse le retenir. Immédiatement, Django se lève et lui court après en criant «je te ramène ton sac!». Bouleversée, impuissante je me contente de les regarder s’éloigner puis disparaître de ma vue. Et bien, moi qui croyais cette plage sécurisée! Quelques minutes plus tard, Django revient couvert de sable et brandissant triomphalement mon sac.
-Je l’ai eu dit-il, un grand sourire aux lèvres. On s’est un peu battu mais j’ai réussi à récupérer le sac avant qu’il s’enfuit
-Brave soldat! répondit-je. Merci beaucoup Django
Instantanément, je le prends dans mes bras pour un câlin en riant gaiement. Et c’est dans cette position que je vois se dresser devant moi la silhouette d’Adam. Merde! Qu’est-ce qu’il fait là ?
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

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