Pour Changer: Epilogue

Adam a brillamment achevé ses études, il est ingénieur en Ponts et chaussées. Il s’est marié à Djamila, une camarade sénégalaise qu’il a rencontré là bas. Leurs vacances, ils les passent soit au Togo, soit au Sénégal avec leurs deux filles. Lucie poursuit une brillante carrière d’avocat et a créé une ONG qui vient en aide aux jeunes filles enceintes sur les bancs de l’école. Elle s’est mariée avec Roy et ils ont 3 enfants en plus de Jules. Grand-mère Adèle et Ayélé ont déménagé à Lomé et grand père Léon quant à lui passe son temps à voyager pour aller voir ses petites filles en Belgique. Inès a purgé 7 ans de prison. A sa sortie, elle s’est trainée aux pieds de Lucie pour obtenir son pardon. C’est elle qui l’a inscrite à sa formation de stylisme et elle vient d’ouvrir son propre atelier. Quant à Django, il est toujours en prison, et il dit à qui veut l’entendre qu’il finira par se venger de tout ce beau monde.
Fin Fin Fin!
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Pour Changer, Chap 25: Feu!

*Lucie KISSO*
Je suis presque à terme et la date du bac aussi se rapproche dangereusement. Après tous ces efforts, j’ai peur de ne pas pouvoir faire les deux en même temps et ça me stresse énormément. En parlant de stress, Adam aussi attend impatiemment les résultats d’une bourse. Elle est octroyée par une ONG humanitaire et lui permettrait de continuer ses études en Belgique. En attendant, comme il a fini tous ses cours et obtenu le permis, il m’emmène faire des courses pour le bébé. Des fois aussi, c’est Roy qui m’emmène. Tous les deux sont aux petits soins d’un bébé qui n’est même pas encore arrivé lol. Moi j’ai juste envie qu’il sorte enfin ! Je suis devenue une vraie baleine à force de manger pour deux.
(…)
Il était environs 21h, j’étais en train de réviser quand j’ai ressenti de vives douleurs au bas ventre. En même temps, j’ai senti un liquide chaud couler le long de mon ventre. Seigneur, le bébé arrive !
-Adam ! Papa, c’est pour maintenant !
J’étais dans la chambre voisine à mon frère, il a été le premier à débarquer dans ma chambre. Totalement paniqué, il ne savait plus quoi faire. Malgré ma douleur, je ne puis m’empêcher de sourire.
-Pardon prends le sac que j’ai préparé là. Tes yeux vont tomber !
Au même moment, papa entre dans la chambre
-Le bébé arrive ?
Je fis oui de la tête, incapable de répondre.
– Ok Adam, aide-la à descendre, je vais sortir la voiture
Aussitôt dit, aussitôt fait. Deux minutes plus tard nous étions installés dans la voiture. Moi derrière en train de retenir mes cris et les deux hommes devant, apparemment plus paniqués que moi.
Le travail a duré des heures ! Des heures pendant lesquels j’ai dû arpenter les couloirs de l’hôpital pour faire dilater le col de l’utérus. Adam a souffert le martyr aussi ! C’est lui qui me soutenait et devais supporter mes cris. J’avais tellement mal, c’est pendant ces heures que j’ai le plus regretté mon écart avec Django. Finalement, le médecin a dû se résoudre à me faire une césarienne car mon bassin n’était pas assez large.
*Léon DJESSOU*
Quand je vois Lucie souffrir de la sorte, ça me rappelle la naissance d’Adam. La seule différence est que Carla elle ne s’était pas retenue de m’abreuver d’injures sous prétexte qu’elle souffrait trop. Les sages femmes ont emmené Lucie il y a une heure et ils ne reviennent toujours pas, ce qui commence à m’inquiéter. J’essaye tant bien que mal de rassurer Adam mais plus ça dure et plus je panique aussi. Au bout de deux longues heures, le médecin est venu vers nous avec un large sourire plaqué sur le visage.
-Nous avons eu de légères complications mais tout va bien. La mère et l’enfant sont saufs
-Docteur, c’est une fille ou un garçon ?
-C’est un garçon
A cet instant, mon cœur a débordé de joie. Je ne pensais qu’à une chose, aller serrer Lucie dans mes bras
-Mais docteur, elle passe un examen dans deux semaines. Pensez vous qu’elle sera rétablie d’ici là ?
Il parut réfléchir avant de me répondre
-Je ne peux pas vous donner une réponse précise. Ça dépendra de son métabolisme. Maintenant excusez moi, je dois y aller. Une infirmière viendra vous accompagner voir la patiente et le bébé
-Merci docteur
Adam était ému jusqu’aux larmes. Je le pris dans mes bras pour célébrer. Quelques temps après, une infirmière vient nous emmener voir Lucie et le bébé. A la voir si fragile dans ce grand lit, j’ai été touché. Elle voulait appeler son fils comme son père, brave petite !
*Adam DJESSOU*
Lucie a composé au bac. Elle n’était pas complètement guérie, mais elle n’aurait raté cet examen pour rien au monde. Quant à moi, j’ai décroché ma bourse et j’en suis très fier. Enfin la vie semble nous sourire un peu. Aujourd’hui c’est la proclamation des résultats. Comme Lucie tenait absolument à aller au centre, je l’ai emmené en voiture. On savait tous qu’elle devait réussir, nous tous sauf elle-même apparemment ! Quand elle a entendu son nom, elle a tellement chanté de bonheur que le petit Jules qui dormait dans mes bras s’est réveillé. Si ce n’est pas la folie ça ! Plusieurs de ses camarades avaient échoué, ces mêmes là qui se moquaient d’elle à cause de sa grossesse. J’ai eu envie d’aller leur rire au nez mais je me suis abstenu. A quoi bon ?
A la maison, une surprise attendait l’heureuse du jour, une petite fête avec Roy et le capitaine Kodjo, ma tante et sa fille adoptive. Ce fut une soirée émouvante, pleine de promesses. Je me suis aussi souvenu que toute cette histoire a commencé il y a un an, quand j’étais venu annoncer ma réussite à Lucie.
Le procès de Django a eu lieu quelques jours avant mon départ. Il a été reconnu coupable d’une dizaine de charges liées à l’enlèvement et à son trafic de drogues. Le juge l’a condamné à 87 ans de prison, autant dire qu’il va y finir sa vie
*Inès DJESSOU*
(4 ans plus tard)
Je n’ai pas remis pied dans une école depuis plus de 3 ans. J’ai essayé de faire comme si tout allait bien, mais j’ai fini par craquer. Quand maman m’avait emmené faire le curetage il y a 4 ans, je pensais que c’était la chose à faire, j’ai suivi bêtement et maintenant je regrette amèrement. Le docteur a dit qu’il y avait eu des « complications » et qu’ils ont dû m’enlever l’utérus, et que je n’aurais plus jamais d’enfant. J’en veux tellement à maman ! Mais elle s’en fout, tout ce qui l‘intéresse c’est de paraître partout comme une femme respectable. Alors j’ai noyé mon chagrin dans l’alcool, puis dans les cigarettes. Un jour on m’a proposé de la drogue et depuis je suis devenue accro. Il ne se passe plus une journée sans que je fume, ça m’aide à oublier ma souffrance. C’est à peine si maman et moi on se parle dans la maison, et c’est tant mieux. J’ai arrêté les cours en ligne, ça me saoule. De toute façon nous sommes riches, je n’aurai pas besoin de travailler pour gagner ma vie. En rentrant tout à l’heure, j’ai entendu maman qui riait dans sa chambre, ce qui est assez inhabituel. Alors je vais jeter un coup d’œil et tombe sur le choc de toute ma vie !
Je suis arrivée à pas de loup, pour voir sans être vue. Elle n’était pas seule, il y avait un homme avec elle et sa voix m’a semblé familière. Mais j’étais loin de me douter de qui c’était ! Puis je les ai vus par l’entrebâillement de la porte. Ma mère et mon petit ami, nus dans un lit ! Je n’en revenais pas. Comment a-t-il pu me faire ça à moi ? Je lui donne de l’argent tout le temps ! Et il vient coucher avec ma mère ! Oh, il va payer, et elle aussi ! Sous le coup de la colère, je descends à la cuisine et ouvre le gaz au maximum. Ils vont voir aujourd’hui, j’en ai assez que tout le monde se moque de moi. Je suis tranquillement ressortie de la maison sans que personne ne me remarque et j’ai attendu. Chaque 5 minutes, j’allumais une bûchette d’allumette pour voir si le gaz s’était répandu jusqu’au portail. Au bout de vingt minutes, l’allumette s’enflamma et le feu parti d’un coup pour envelopper toute la maison. Fascinée par le spectacle, je suis restée là sans bouger pendant que la maison brûlait. Je les ai entendus crier de terreur puis de douleur. Mais ils étaient piégés par les flammes. Qu’ils aillent pourrir en enfer ! Pourquoi se sont-ils moqués de moi de cette façon ? Subitement je fondis en larmes et m’écroulai au sol. Je ne sais pas combien de temps je suis restée dans cette position mais ce sont les sirènes des pompiers qui m’ont fait me relever. Les flammes et la fumée étaient immenses mais les amoureux étaient déjà morts à l’intérieur. Je fus prise d’un rire hystérique devant leur efforts pour éteindre l’incendie
– ça ne sert à rien ! Ne vous fatiguez pas, ils sont déjà morts
Tout le monde m’a regardé bizarrement, comme si je venais d’ailleurs. Mais je m’en fous, dans ma tête, je ne suis même plus de ce monde.
FIN
Par Plume Dona, tous droits réservés.

 

L’épilogue est par ici!

Pour Changer, Chap 24: Le boomerang revient toujours

*Inès DJESSOU*
Deux mois sont passés depuis l’enterrement de papa Jules. Deux mois qu’on est débarrassés de cette souillon de Lucie et un mois que maman mène une vie plus que festive. Elle passe ses journées dans les salons de soins corporels et la nuit, elle fait le tour des boîtes. Autant dire qu’elle s’éclate ! Moi j’essaye de profiter de notre fortune mais ma santé ne me permet pas. Je n’arrête pas de tomber malade, mais sans savoir de quoi. On a consulté plusieurs médecins et à chaque fois, rien d’anormal n’a été signalé. Je commence à m’inquiéter, peut-être que c’est la cuisinière qui mets du n’importe quoi dans mes plats. On ne sait jamais avec ces gens là. Ce soir, je suis encore parti de l’école plus tôt à cause des vomissements. Arrivée à la maison, j’ai la surprise de trouver maman assise au salon et qui me jette un regard bizarre. Avant même que je n’ouvre ma bouche pour la saluer, elle m’attaque direct :
-Tes dernières règles remontent à quand ?
-Aka maman, bonsoir au moins ! Tu vas bien ? Tu fais quoi à la maison à cette heure ?
-Inès, ne joue pas avec moi hein ! Tu pense que je suis ton égale ? Tu es ma surveillante dans cette maison ? Réponds vite à ma question !
Pffff elle a quoi même à s’énerver comme ça ?
-Je ne sais pas
-Je vais te gifler hein. Réfléchis bien avant de me répondre, tes règles remontent à quand ?
-Euh… (Réfléchissant) Je pense que ça doit faire deux mois comme ça
-(attrapant sa tête en hurlant) Eeeeeeeeeeeeeeh l’enfant là va me tuer ! Je t’ai fait quoi et tu m fais ça ? Pourquoi tu m’as fait ça Inès ? Tu veux me tuer ?
Moi je ne comprenais rien, elle parle de quoi ?
-Maman, pourquoi tu crie ? Je n’ai rien fait non
Je n’ai pas vu venir la gifle ! Je l’ai juste vu foncer sur moi et la seconde d’après, ma joue voulait exploser. Je laisse tomber aussitôt mon sac et commence à crier de douleur et d’incompréhension. Pourquoi elle s’en prend à moi ?
-Donc tu ne sais même pas ce qui t’arrive ! A 15 ans, tu pars amasser une grossesse et tu ne sais même pas ce qui t’arrive !
Je n’en revenais pas ! Moi enceinte ? Oh non, ce n’est pas possible !! Je suis trop jeune ! Je ramasse rapidement mon sac par terre pour prendre de l’argent. Maman me regardait, les yeux pleins de mépris et de colère. Sans rien lui dire, j’efface mes larmes et cours vers le portail. Il faut que j’en aie le cœur net. En me voyant elle me lance
-J’espère que tu pars chercher l’auteur de ça hein, je t’attends ici !
En fait j’allais à la pharmacie pour acheter un test de grossesse. Pourvu que ce ne soit pas une grossesse, pitié ! Comment je vais expliquer à maman que Django est l’auteur ? Moi qui me moquais de Lucie, mon cas est même pire. Heureusement pour moi, la pharmacie était vide quand je suis arrivée. Mais le regard que m’a lancé le pharmacien en disait long sur ce qu’il pense de moi. De toute façon je m’en fous. Au lieu de faire son boulot il est là à me juger, un kpakpato comme ça. J’ai rapidement payé et je suis partie. Je ne pouvais pas aller à la maison avant d’avoir eu le résultat, mais où aller ? Sans réfléchir, j’ai hélé un taxi moto et je lui ai donné l’adresse de mon école.

*Adèle DJESSOU*
Maintenant que la situation est calme à Lomé, je pense à retourner à Sotouboua pour reprendre mon commerce et le cours de ma vie. A cause de mon don, je ne me suis pas mariée et la solitude me pèse un peu. C’est pourquoi j’aime venir chez mon frère de temps en temps. Je devais partir depuis deux semaines déjà mais un fait étrange me fait hésiter et cette fois, ça n’a rien à voir avec ma famille. Depuis que nous sommes partis apprendre la mort de Carla, je fais des rêves toute les nuits. Et dans ces rêves, la fille du marabout m’appelle à l’aide. J’aimerais croire que c’est anodin mais si je pars sans en avoir le cœur net, je m’en voudrai toujours. C’est pourquoi je me décide à y retourner pour voir de quoi il s’agit. Je déteste cet endroit et tout ce qu’il représente ! Quand je débarque dans la maison, une agitation sans pareil y règne, personne ne me remarque. J’entends des voix hurler dans la case principale et dans la cour, les fils du marabout étaient couverts de sueur et de sang, en train de pratiquer des rituels que je n’ai pas reconnu. Tout à coup, les cris cessèrent et la petite fille sorti de la case de son père en me faisant un large sourire
-Tu es venue enfin !
Euh….Quoi ? Je la regarde interloquée, pendant que toute la maisonnée braque les yeux sur moi. Personne ne dit rien, jusqu’à ce que son père sorte à son tour de la case. IL m’a paru épuisé, diminué. Son regard terne et son dos voûté témoignent d’une grande fatigue. Dès qu’elle l’aperçoit, la petite fille me montre du doigt et lui dit :
-Père, c’est elle !
Moi j’étais toujours dans le bleu. Pourquoi j’ai rêvé de cette petite en danger alors qu’elle semble bien aller ? Pourquoi son père me regarde avec plus de haine que d’habitude ? Et puis ces quoi tous ces rituels dans la maison ?
-Quelqu’un peut m’expliquer ?
C’est alors que la petite fille marcha vers moi et me prit la main. Aussitôt, je me sentis envahie par un sentiment qui m’était inconnu jusqu’ici. Je ne me suis pas sentie en danger mais plutôt, j’ai eu le sentiment que je devais absolument la défendre contre le monde entier, c’était très étrange. Mais le plus étrange c’est que j’ai vu ses yeux prendre une teinte verte pendant les quelques secondes que ça a duré. Dès qu’elle m’a lâché la main, le sentiment est parti, et ses yeux sont revenus à la normale. Je crois que j’ai compris ! Elle a hérité des dons spirituels de son père, mais il lui faut un mentor et ça ne peut être lui. C’est pour cela qu’elle a tout fait pour que je vienne la revoir. Instinctivement, je pose la main sur son épaule et l’attire vers moi
-Tu t’appelle comment ?
-Ayélé
Me tournant aussitôt vers son père, je lui annonçai
-Elle part avec moi
Il n’a rien fait pour me retenir. C’est comme ça que ça marche. Il arrive que les enfants héritent de dons mais ce ne sont pas toujours leurs parents qui sont appelés à les guider. Dans ce cas, leur esprit s’attache à un autre et c’est ce qui a dû se passer quand Ayélé m’a vu. Heureusement que je vis seule ! Sinon comment j’aurais expliqué cette adoption soudaine ? J’ai dit à Léon que c’était la fille d’une amie que je devais ramener à Sotouboua. Et quand je suis arrivée à Sotouboua, j’ai dit à tout le monde qu’Ayélé était la fille d’une amie de Lomé. C’est ainsi que nous avons commencé notre petite vie à deux, entre ses cours et mon commerce la journée, son initiation au monde mystique la nuit.
*Béatrice KISSO*
Ça fait deux semaines qu’Inès ne sort plus de sa chambre. Le jour où je l’ai confronté avec mes soupçons sur son état, elle est partie sans rien me dire, et c’est le directeur de son école qui l’a ramené à la maison. Apparemment on l’avait retrouvée évanouie dans les toilettes de l’école, avec un test de grossesse positif. J’ai réussi à lui soutirer la vérité au bout de 3 jours, mais après l’avoir correctement battu. C’est là que j’ai découvert l’absurde vérité. Quoi, le même Django là ? Je n’ai pas pu l’accepter, je ne peux jamais l’accepter. Je connais une bonne clinique et je me suis renseigné. Il est hors de question que ma fille me couvre de honte devant tout le monde, elle doit avorter ce bébé ! Donc depuis deux semaines elle ne bouge pas de sa chambre non. Mais aujourd’hui elle va sortir. Je pars cogner mais elle ne répond pas, je m’y attendais. Je prends le double de sa clé que j’avais en main et j’arrive à ouvrir la porte, elle est endormie. Sans ménagement, je la secoue pour la faire sortir du lit et puis prendre sa douche. Elle ne réagit même pas et se montre docile, tant mieux ! Quand elle est prête, je lui explique ce que nous allons faire. Elle ne me pose aucune résistance et nous partons donc à la clinique.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

 

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Pour Changer, Chap 23: RIP

*Inès DJESSOU*
Depuis que je l’ai vu à la télé, j’ai l’impression que le monde s’écroule pour moi. C’est le même Django qui a enceinté Lucie, qui a causé la mort de papa Jules. Et c’est aussi le même Django qui m’a pris ma virginité ! Il était si gentil, il disait s’appeler Paul ! Mais tout ça n’était qu’un tissu de mensonges. Ses promesses et ses airs d’agneau, c’était du vent. Le pire c’est que je ne peux en parler à personne, comment je vais pouvoir raconter ça ? J’ai tellement honte de moi ! Maman croit que je suis triste à cause de papa Jules et c’est tant mieux. Si elle savait la vérité, je n’ose même pas imaginer ce qu’elle me ferait. Maintenant que nous sommes deux à la maison, elle essaye de me faire sortir plus souvent, pour montrer notre deuil à ses amies, mais moi j’ai juste envie qu’on me foutte la paix ! En plus je crois que notre femme de ménage nous vole. Je l’ai surprise une fois en train de cacher des habits sous sa robe. Et maman dit qu’elle ne peut pas la renvoyer avant d’avoir trouvé une remplaçante. Me voilà donc devenue surveillante chez moi pfff. Ça servait à quoi de renvoyer Lucie au final ? Elle faisait bien le travail, et on ne la payait pas ! Parlant d’elle, toute la famille DJESSOU est venue voir maman plusieurs fois pour essayer de la faire réintégrer la maison, mais elle a refusé. Apparemment papa lui a tout légué sur son testament et elle entend user de ses biens comme bon lui semble. Moi je suis sûre que c’est par sa faute que Paul-Django est entré dans ma vie, et je ne lui pardonne pas. Son sort m’importe très peu, je dois me concentrer pour terminer mon année scolaire dans les meilleures conditions.

*Béatrice KISSO*
A moi la belle vie ! Je n’ai même pas eu besoin de me débarrasser de Jules finalement. Il s’est fourré lui-même dans une situation…Comment dire ? Mortelle ! En plus il était radin ! Il a fallu qu’il meure pour que je découvre qu’il avait des parts dans plusieurs sociétés. Et il nous faisait vivre en location, quel avare ! Heureusement je suis la seule présente sur son testament, donc je vais pouvoir disposer de ses biens et mener la belle vie sans avoir à travailler ! Jules ne pouvait vraiment pas me faire de meilleur cadeau que sa mort. Ça fait déjà un mois qu’on l’a enterré, je crois que je peux arrêter déjà ma parade endeuillée et passer aux choses sérieuses. J’ai déjà mis Lucie à la porte, pour ne pas qu’elle me réclame quoi que ce soit. Je crois bien que je vais rester dans cette ville jusqu’au bac d’Inès puis nous partirons en Amérique toutes les deux.
*Adam DJESSOU*
Après tant de tentatives vaines, papa s’est résolu à garder Lucie à la maison. De toute façon, il est le grand père du bébé qui va naître et nous avons choisi de le faire venir dans les meilleures conditions. Elle ne va plus à l’école à cause des railleries et des malaises, nous lui avons trouvé un professeur qui l’aide à étudier à la maison parce qu’elle tient absolument à avoir son bac cette année. Elle est si forte, je suis fière d’elle. Quant à moi, je ne vais pouvoir rejoindre le Canada ni aucune autre école car l’année est déjà bien avancée. J’ai donc choisi de suivre des cours de conduite et d’anglais pour augmenter mes compétences. Avec toute la famille, nous essayons de nous relever du cauchemar des dernières semaines et je peux dire que je vais de mieux en mieux. Cependant, il me reste nu point à éclaircir, c’est comment Jules pouvait ignorer qu’il a eu une liaison avec ma mère. Je crois qu’il était sincère mais ça sème le doute dans mon esprit. Tante Adèle nous a dit où était maman. J’ai de la peine pour elle parce que c’est quand même celle qui m’a donné la vie. Toutefois, je suis conscient que tout se paye ici bas et je ne vais pas la plaindre. Je veux juste aller la voir, pour avoir des explications par rapport à Jules, ça m’aidera à aller mieux. Cet après-midi je m’y rends donc avec Tante Adèle visiblement mécontente.
Une fois sur place, je comprends pourquoi elle était réticente à venir. Cet endroit est tellement sordide ! Comment des gens peuvent-ils y vivre ? Et tous ces clients qui arrivent dans leurs habits du dimanche, ah la vie ! Quand nous sommes arrivés, un vieux monsieur à l’aspect effrayant a surgi de la plus grande case de la concession. Vêtu d’un pagne sale et délavé, il arborait autour de son cou un grand nombre de gris-gris tous plus effrayants les uns que les autres. Sans même m’accorder un regard, il s’adressa directement à tante Adèle
– Que viens-tu chercher ici ? Tu veux me défier ?
-Mon neveu veut voir sa mère, répondit-elle bravement
C’est alors que le vieux marabout m’a regardé longuement, sans prononcer un mot
-Ma femme est morte, annonça-t-il simplement
-Oui, mais je te parle de ma belle-sœur. Je te l’ai amené il y a un mois et demi. Nous avons des questions à lui poser
-C’est ce que je dis, elle est morte
Abasourdis, tante Adèle et moi nous regardions sans rien comprendre. Je ne sais pas ce qui m’étonne le plus, entre sa mort et le fait que je n’aurai jamais l’information que je suis venu chercher. Je suis dégoûté ! C’est tante Adèle qui finalement, formula la question qui nous démangeait
-Comment est-elle devenue ta femme ?
Là-dessus, le marabout se mit à rire tel un fou
-Mais c’est la loi ! Cette femme a joué avec une énergie trop forte pour elle et ça l’a rendue folle. Moi j’en ai fait ma femme pour récupérer toute son essence vitale. Donc elle est morte
J’étais choqué ! Le simple fait d’imaginer cet homme si horrible en train d’abuser de ma mère, j’ai failli lui cracher au visage. Mais je ne suis pas si stupide, je tiens à la vie ! Je suis simplement parti me réfugier dans le taxi, en attendant que tante Adèle me rejoigne. Quand elle revint quelques minutes plus tard, elle avait le sourire aux lèvres
-Je sais ce qui s’est passé avec Jules !
-Ah bon ?
Je me suis redressé, heureux qu’elle ait pu avoir une information
-Apparemment ta mère fait appel à ce marabout depuis longtemps. Elle lui a plusieurs fois commandé un philtre d’amour. Enfin, c’est plutôt un aphrodisiaque spirituel. Il a pour effet de vous pousser dans les bras d’une personne spécifique et juste après, vous oubiez tout. Je crois que c’est ce qui s’est passé avec Jules
-Hummmm. Plusieurs fois tu dis ? Elle a fait des choses vraiment horribles dans sa vie, je n’ose même pas imaginer ce que nous ne savons pas !
-Puisse son âme reposer en paix, ajouta tante Adèle.
A suivre…
Par Plume Dona, tous droits réservés.

 

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Pour Changer, Chap 22: Que vais-je faire de toi?

*Adèle DJESSOU*
Après le départ de Léon, j’ai tourné en rond dans la maison sans savoir quoi faire. Mon inquiétude était à son comble et je devais me faire violence pour rester en place et ne pas appeler mon frère. J’en étais même arrivée à oublier qu’il y avait un autre cas à gérer dans la maison. J’étais en train de réfléchir quand j’ai entendu des cris venant de dehors, on aurait dit que quelqu’une prenait des coups. Qu’est-ce qui se passe encore ? Je descends rapidement et trouve la domestique en train de pleurer et le portail grand ouvert. Inquiète, je la questionne :
-Aku, il y a quoi ?
-Tantie, maman est devenue folle hoo snif. Elle est sortie nue !
Je n’en croyais pas mes oreilles
-Pourquoi tu ne l’a pas empêchée de sortir ?
-Elle m’a tapé tantie ! Je te jure que j’ai bloqué la porte et puis elle m’a poussé et elle m’a tapé ! Elle dit qu’elle a chaud partout
C’est pas vrai ! Son gris-gris s’est retourné contre elle, et il agit pus vite que prévu. Pendant que mon frère est entre la vie et la mort, moi je dois gérer Carla et ses bêtises ! Qu’à cela ne tienne, Carla récolte ce qu’elle a semé mais je ne vais pas la laisser salir le nom de mon frère au quartier. Je me suis dépêchée d’aller prendre un pagne et un peu d’argent. Ensuite j’ai parlé à quelques jeunes pour qu’ils la surveillent sans l’approcher. Puis, direction la pharmacie. J’ai dû influencer le jeune pharmacien pour obtenir ce que je voulais, lui-même ne sait pas pourquoi il m’a vendu une aiguille et cette forte dose de morphine sans ordonnance. Aux grands maux, les grands moyens ! Je suis rapidement revenue au quartier et grâce aux jeunes hommes j’ai pu retrouver Carla. Elle dansait de manière obscène, invitant les jeunes à venir lui faire l’amour. Elle m’a fait pitié, tellement elle est tombée bas ! Les garçons m’ont aidée à l’immobiliser, puis je lui ai couvert le pagne pour préserver le peu de dignité qu’il lui restait. Elle hurlait comme une furie, prête à nous mettre en pièces. J’ai quand même réussi à lui soutirer le quartier de son marabout avant de lui injecter la morphine. Une fois sur place, ce ne sera pas compliqué de le retrouver !
C’est ce que je pensais mais une fois sur place, on a galéré ! Le chauffeur du taxi ne connaissait pas le quartier et le mot « marabout » faisait que tout de suite, les gens nous regardaient de travers. Après une heure à tourner en rond dans le quartier, nous sommes tombés sur une petite fille qui a bien voulu nous y emmener. C’était sa propre fille ! Je me suis mise à songer à l’avenir qu’aura cette enfant, ça n’augurait rien de bon, c’est ça la triste réalité.
Dès que nous sommes arrivés dans la concession, j’ai tout de suite senti une forte énergie négative. Ce marabout-ci n’est pas un plaisantin ! Il dégage une forte énergie noire et j’ai juste envie de m’éloigner de cet endroit au plus tôt. Il est tout de suite sorti dans la cour quand il a senti mon énergie.
-Que veux-tu ?
Il avait une voix grave, qui aurait intimidé n’importe qui. Mais j’avais mené assez de combats pour savoir que je ne devais pas avoir froid aux yeux.
-Ma belle-sœur t’a commandé un gris-gris. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais ça l’a rendu folle. J’ai besoin que tu la guérisses
Il partit d’un rire caverneux qui malgré moi, me donna froid dans le dos.
-Il est trop tard pour elle !
-Je suis prête à payer ce qu’il faut, repris-je
Là-dessus, il prit un ton sérieux
-J’ai dit que ce n’est pas possible. Quand on est déterminé à détruire son prochain, il faut être prêt à en payer les pots cassés. Ta sœur a été victime de sa maladresse, je ne peux rien pour elle
-Mais que vais-je faire d’elle à présent ?
-Laisse la moi, sa place est ici
J’ai hésité un moment. Ne valait-il pas mieux l’emmener dans un hôpital psychiatrique ? Mais si elle se met à agresser les autres malades ? Et puis qui va en payer les frais ? D’ailleurs quelle va être la situation économique de Léon après le drame qui se déroule ? C’est en répondant à chacune de ces questions que j’ai choisi de la laisser au marabout. Ce dernier me fixait de son regard perçant et je n’avais qu’une seule envie, partir de cet endroit !
-D’accord, répondis-je. Elle est dans la voiture, j’ai besoin d’aide pour la faire sortir
Deux de ses fils m’ont accompagné dehors. Ils ont sorti Carla toujours inconsciente et l’ont porté jusque dans la concession, comme un sac de patates. Je ne suis plus retournée à l’intérieur, le reste n’est plus mon problème. Assise dans le taxi retour, mes pensées et prières se dirigeaient vers mon frère.
*Léon DJESSOU*
Quelques jours plus tard.
La fraîcheur est au rendez-vous ce matin, ce qui est assez normal en période de mousson. Debout au bord de la tombe, je regardais les ouvriers descendre lentement le cercueil de Jules pendant que le prêtre disait ses dernières prières. Je ne l’entendais pas, j’étais sourd à tous les bruits alentours. Dans ma tête, je rejouais la dernière discussion que j’avais eue au téléphone avec Jules. Si j’avais agi différemment, serait-il encore en vie ? Il aura eu le mérite de nous avoir sauvés, Adam et moi. S’il n’avait pas eu le réflexe d’appeler la police, nous serions sûrement morts. Mais pour lui, pouvait-il en être autrement ? Je crois que nous ne le saurons jamais. Il fallait qu’il fusse là, au bon moment, comme un ange gardien. Nous avons récupéré les résultats du test ADN, et ils sont positifs. Je n’ai pas eu le cœur d’aller voir Carla pour lui demander des explications, Adèle a bien fait de la laisser là bas. Pour moi elle est morte et enterrée, c’est ce que je dirai à tous ceux qui demanderont. En parcourant des yeux l’assistance, je remarque qu’il y a peu de gens. Quelques collègues de son travail et deux voisins du quartier, sa femme et ma famille, ainsi que la pauvre Lucie. Elle n’a pas cessé de pleurer depuis le jour du drame. Elle a perdu beaucoup de poids et on se demande comment ça se fait qu’il y ait encore des larmes dans ce petit corps. Elle me fait de la peine. Perdre ses deux parents dans un délai aussi court, ce n’est pas facile ! Surtout pas dans ces conditions et encore moins dans son état de femme enceinte. J’espère seulement que tout se passe bien avec Béatrice et Inès. D’ailleurs je me demande pourquoi cette dernière n’est pas venue à l’enterrement.
Perdu dans mes réflexions, je ne remarque même pas que la cérémonie est finie. C’est Adam qui me touche l’épaule pour me ramener à la réalité. Pauvre petit, lui aussi a été traumatisé par cette affaire ! Pendant que les gens commençaient à se disperser, je remarque une silhouette familière s’approcher de nous. Le Capitaine Roy. Il s’est montré très aimable avec nous, il nous a aidés pour nos dépositions et l’ensemble des formalités après le raid. Et encore aujourd’hui, le voilà à l’enterrement de Jules alors qu’il n’était pas obligé. Quelque part au fond de lui, je crois qu’il doit se sentir responsable du décès de Jules. Je vois qu’il est accompagné d’un homme plus âgé
-Capitaine Roy ! C’est très aimable à vous d’être venu, vous n’auriez pas dû
-Ce n’est rien Mr DJESSOU. Je vous présente le commissaire KODJO
-Jules était un bon ami, renchérit le monsieur
-Enchanté. Sa mort est tragique
-Qui est cette jeune fille qui vient vers nous ? demanda Roy
-C’est sa fille Lucie.
Dès qu’elle fut à notre hauteur, Roy et le commissaire lui présentèrent leurs condoléances avant de s’en aller. Puis elle rejoignit sa famille et chacun rentra chez soi.
A la maison, l’ambiance était morose, personne n’était encore remis des évènements. Je regardais distraitement la télévision lorsqu’on sonna au portail. Quelques minutes plus tard, Aku fit entrer une Lucie en larmes et portant ce qui semble être ses valises
-Mais que se passe-t-il ?
-Je ne savais pas où aller, maman Béa m’a renvoyé de la maison
-Quoi ?
A suivre…
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